Le vaudou en Haïti

Haiti Le vaudou est une religion africaine qui reste implantée notamment dans l’ancien Dahomey (Benin) et au Togo. Le vaudou s’est transporté avec les migrations d’esclaves jusqu’en Haïti, de la même façon que d’autres cultes qu’on retrouve aujourd’hui en Amérique. Folklore pour les uns, ensemble de superstitions pour les autres, le vaudou haïtien a été regardé la plupart du temps comme un héritage africain en voie de disparition. Mais, que représente-t-il dans la société haïtienne où il est le plus développé ? Comment peut-on cerner son originalité propre ?

Les chrétiens représentent environ 95 % de la population de Haïti, mais beaucoup d’Haïtiens pratiquent également le vaudou. Injustement méprisé et traité comme une simple superstition mêlée de sorcellerie, le vaudou est une religion au même titre que les autres.

Au XVIe siècle, dès l’importation des esclaves africains dans l’île d’Haïti, les colons français mettaient tout en œuvre pour les porter à oublier leur passé : nouvelle stratification sociale avec des avantages accordés aux uns et refusés aux autres pour empêcher toute conscience de classe, mélange sur les mêmes plantations d’ethnies différentes (venues notamment des régions du Dahomey, du Nigeria), interdiction systématique de leurs cultes, et imposition à tous du baptême catholique.

Sans recours, dépossédés de leur langue et de leur religion, les esclaves réussissent à trouver le chemin d’une riposte à l’oppression. Ils seront acculés à la création d’une langue commune, le créole et d’une religion commune, le vaudou. Partout en Amérique où des Noirs ont été introduits, on assiste à la reproduction du même phénomène, notamment au Brésil, avec le candomblé et le macumba, et dans les Caraïbes. Face à un christianisme imposé par les maîtres comme caution morale à l’esclavage, la tactique utilisée consistait à s’adapter aux rites et aux symboles de l’Église, c’est-à-dire à les intégrer dans leur propre système.

Dans sa constitution même, le vaudou restera marqué par la clandestinité. Même lors de l’indépendance (1804), quand l’esclave eut chassé le maître, celui-ci ne continua pas moins à hanter la conscience haïtienne par la langue française maintenue comme langue officielle du pays et par le catholicisme, qui restait religion d’État. Une constante de l’histoire haïtienne sera cette oppression néo-colonialiste qui portera tous les gouvernements à s’aligner sur le modèle du maître. Cette marginalisation du vaudou fut consacrée par la signature d’un concordat entre le Vatican et l’État haïtien en 1860. Portée par sa prétention à l’universalité, l’Église s’engagea dans plusieurs croisades contre le vaudou dont la plus célèbre, la  » campagne antisuperstitieuse  » de 1941.

Le vaudou apparaît, pour la plupart des Haïtiens des villes et des campagnes, comme le seul refuge contre une exploitation économique implacable et contre un système culturel étranger (langue, école, régime administratif, religion, institutions juridiques, etc.) auquel ils ont été contraints à se soumettre.

En dépit du complexe d’infériorité qu’on rencontre chez nombre d’entre eux, le vaudou continue à être pratiqué avec une sérénité déconcertante. Le vaudou, d’abord, offre à ses fidèles toute une mythologie et un ensemble de pratiques rituelles qui rendent compte à la fois de l’origine du monde, des lois de la nature, de tous les aspects de la vie sociale et individuelle et de tous les événements. Au-dessus de tout, il existe Dieu, ou le  » Grand Maître « , créateur des génies (esprits appelés  » Lwa « ) qui sont au service de l’homme. Débonnaire et inoffensif, Dieu reste celui sans la permission de qui les esprits ne peuvent être efficaces. Si son nom est souvent invoqué dans la vie quotidienne, on ne lui rend cependant aucun culte.

On peut seulement dire que la mythologie vaudou trouve dans le christianisme un terrain où elle peut s’abriter et refleurir. De même, au niveau des pratiques rituelles, le vaudou adapte son calendrier à celui de l’Église catholique et réinterprète les sacrements comme condition nécessaire à l’efficacité de son propre culte. L’attention des fidèles reste ainsi invariablement fixée sur l’univers des esprits qui régit leur vie jusque dans ses moindres détails. Le futur adepte vaudou, dès sa naissance et après le baptême catholique, est placé sous la protection de son  » Lwaracine « , sorte de patron, esprit tutélaire de sa famille. Plus tard, il sera même appelé à subir les épreuves de l’initiation. Il revêtira une nouvelle personnalité. Il devra servir un esprit spécial, le  » Lwa-me t-te t  » (Lwa maître-tête), qui seul devra assumer la direction de sa vie.

Source : http://www.universalis.fr

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